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Horace, Odes II 17 | L’autre moitié de mon âme

vendredi 15 mars 2013, par Danielle Carlès

Pourquoi ces plaintes qui me coupent le souffle ?
Ni les dieux, ni moi n’aimons que le premier
tu puisses partir, Mécène,
sublime gloire et colonne de ma fortune.
 
Ah toi, la moitié de mon âme, si t’emporte trop tôt
un coup du sort, comment rester là, moi l’autre moitié,
et survivre, moins précieux et
estropié ? Ce jour-là de tous les deux
 
signera la perte. Ce n’est pas un serment en l’air
que je viens de prononcer : je m’en irai, oui, je m’en irai,
quoi qu’il en soit, si tu me précèdes,
je suis prêt à t’accompagner dans le dernier voyage.
 
Ni le souffle de la Chimère incandescente,
ni, s’il revenait à la vie, le géant aux cent bras,
ne m’arrachera jamais à toi : ainsi
l’ont voulu la puissante Justice et les Parques.
 
Que me regarde la Balance ou le Scorpion
redoutable, signe dominant
à mon heure natale, ou, maître
tyrannique de la mer d’Hespérie, le Capricorne,
 
nos astres à tous les deux d’une incroyable
manière s’accordent. Toi, Jupiter à l’impie
Saturne, en sa garde resplendissante,
t’a soustrait et ralenti dans leur vol les oiseaux
 
du Destin, ce jour où le peuple venu en foule
au théâtre trois fois a fait crépiter un joyeux bruit de vivat.
Moi, un tronc me tombait sur la tête
et me tuait, si Faunus n’avait paré le coup
 
de sa main droite, protecteur des hommes favoris
de Mercure. N’oublie pas d’offrir en retour
les victimes dues et un temple votif,
moi je sacrifierai une modeste brebis.

Lecture avec le texte latin

Pourquoi ces plaintes qui me coupent le souffle [1] ?

[2,17,1] Cur me querellis exanimas tuis ?

Ni les dieux, ni moi n’aimons que le premier

Nec dis amicum est nec mihi te prius

tu puisses partir, Mécène,

obire, Maecenas, mearum

sublime gloire et colonne de ma fortune.

grande decus columenque rerum.

Ah toi, la moitié de mon âme, si t’emporte trop tôt

[2,17,5] A ! te meae si partem animae rapit

un coup du sort, comment rester là, moi l’autre moitié,

maturior uis, quid moror altera,

et survivre, moins précieux et

nec carus aeque nec superstes

estropié ? Ce jour-là de tous les deux

integer ? Ille dies utramque

signera la perte. Ce n’est pas un serment en l’air

ducet ruinam. Non ego perfidum

que je viens de prononcer : je m’en irai, oui, je m’en irai,

[2,17,10] dixit sacramentum : ibimus, ibimus,

quoi qu’il en soit, si tu me précèdes,

utcumque praecedes, supremum

je suis prêt à t’accompagner dans le dernier voyage [2].

carpere iter comites parati.

Ni le souffle de la Chimère incandescente,

Me nec Chimaerae spiritus igneae

ni, s’il revenait à la vie, le géant aux cent bras,

nec, si resurgat centimanus gigas,

ne m’arrachera jamais à toi : ainsi

[2,17,15] diuellet umquam : sic potenti

l’ont voulu la puissante Justice et les Parques.

Iustitiae placitumque Parcis.

Que me regarde la Balance ou le Scorpion

Seu Libra seu me Scorpios aspicit

redoutable, un signe dominant

formidolosus, pars uiolentior

à mon heure natale, ou, maître

natalis horae, seu tyrannus

tyrannique de la mer d’Hespérie, le Capricorne,

[2,17,20] Hesperiae Capricornus undae,

nos astres [3] à tous les deux d’une incroyable

utrumque nostrum incredibili modo

manière s’accordent. Toi, Jupiter à l’impie

consentit astrum ; te Iouis impio

Saturne, en sa garde resplendissante,

tutela Saturno refulgens

t’a soustrait et ralenti dans leur vol les oiseaux

eripuit uolucrisque Fati

du Destin, ce jour où le peuple venu en foule

[2,17,25] tardauit alas, cum populus frequens

au théâtre trois fois a fait crépiter un joyeux bruit de vivat.

laetum theatris ter crepuit sonum ;

Moi, un tronc me tombait sur la tête

me truncus inlapsus cerebro

et me tuait, si Faunus n’avait paré le coup

sustulerat, nisi Faunus ictum

de sa main droite, protecteur des hommes favoris

dextra leuasset, Mercurialium

de Mercure. N’oublie pas d’offrir en retour

[2,17,30] custos uirorum. Reddere uictimas

les victimes dues et un temple votif,

aedemque uotiuam memento ;

moi je sacrifierai une modeste brebis.

nos humilem feriemus agnam.


Strophes alcaïques.


[1Mécène était de santé fragile et craignait de mourir, d’où les plaintes du premier vers.

[2Cette ode prend une dimension prémonitoire quand on sait qu’Horace a en effet survécu peu de temps à Mécène (morts l’un et l’autre en 8 av. J.-C.).

[3Horace ne s’intéresse pas à l’astrologie, voir Ode I, 11 (Carpe diem), à la différence, dit-on, de Mécène et d’Auguste.

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